Aswat Nissa appelle à une application de la loi relative aux violences faites aux femmes





Aswat Nissa prend part aux 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes. Les 16 jours d’activisme sont une campagne internationale du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, jusqu’au 10 décembre, Journée des droits de l’Homme. Les 16 jours d’activisme sont l’occasion de se conscientiser aux violences faites aux femmes et d’agir pour les éliminer.

Les violences faites aux femmes, bien souvent ignorées ou banalisées, sont un fléau dans la société tunisienne. Les chiffres ne mentent pas: il y a en moyenne 3000 plaintes déposées chaque mois dans les postes de police par des femmes violentées, selon Imen Zahouni, directrice générale au sein du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance . Le nombre y est bien plus élevé en ajoutant les actes de violence à l’égard des femmes non dénoncés. Le gouvernement de la Tunisie a pourtant adopté en 2017 la loi organique relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Bien que cette loi reconnaît toutes les violences physiques, psychologiques, sexuelles, politiques et économiques, certaines questions se posent par rapport à son application. Par exemple, l’article 13 de ladite loi énonce que les femmes victimes de violence bénéficient de la prise en charge publique et associative et de l’hébergement immédiat. Toutefois, toujours selon Imen Zahoun, il n’existe que 7 refuges pour les femmes victimes de violence dans l’ensemble de la Tunisie. Aswat Nissa réclame l’application concrète de la loi.

Premièrement, à court terme, Aswat Nissa appelle le gouvernement à investir dans l’application de la loi. Les violences faites aux femmes ont un coût important pour l’économie et la société. Il est démontré que les coûts de la mise en œuvre de la loi sont inférieurs au coût de l’inaction à long terme. Les violences affectent la vie quotidienne des femmes et peuvent réduire leur activité et leur productivité économiques. Plus encore, les violences à l’égard des femmes sont un problème majeur de santé publique. Les femmes qui ont subi des violences sont plus à risques à la dépression, l’anxiété, les troubles liés à la consommation d’alcool, le VIH, les fausses couches, etc. Finalement, il y a un coût à long terme, plus difficile à calculer, lié aux souffrances infligées aux enfants et aux répercussions sur les prochaines générations. Un investissement dans l’application de la loi aura donc des retombées économiques qui bénéficieront à l’ensemble de la société. 

Deuxièmement, Aswat Nissa réclame au gouvernement d’adopter à long terme une approche sensible au genre dans les budgets de tous les ministères. Les budgets, en apparence neutre, ont un impact différent sur les femmes et les hommes. La budgétisation sensible au genre prévoit à ce que l’allocation des ressources publiques réponde aux besoins spécifiques des hommes et des femmes. Une initiative de budget sensible au genre mettrait en lumière les éléments de la loi organique relative aux violences à l’égard des femmes qui sont sous-financés. Cette technique est indispensable pour l’application de la loi puisque cette dernière touche directement 12 ministères. En adoptant cette technique, les décideurs peuvent utiliser ces informations pour exercer une pression pour l'augmentation des ressources pour la formation des juges, ou pour la police, les centres d’hébergement, etc. La budgétisation sensible au genre permettrait d’allouer efficacement les ressources budgétaires disponibles pour la mise en œuvre de toutes les dispositions de la loi.  
  
Au nom de toutes les victimes de violences basées sur le genre, Aswat Nissa demande un investissement dans l’application de la loi ainsi que l’adoption de l’approche sensible au genre dans les budgets. Aswat Nissa ne peut rester silencieuse face à la non-application de la loi.