À la rencontre de Lamia Neifar, jeune candidate à la municipalité de Sfax



Elle s’appelle Lamia Neifar et est l’actuelle présidente du comité d’organisation et d’action sur terrain du parti politique "Le courant démocrate" ainsi que la potentielle future élue de la municipalité de Sfax.

Ses débuts en politique

Nous sommes en 2014, quelques semaines après l’annonce des résultats des élections législatives, Lamia Neifar, alors gérante d’un petit commerce à Sfax, observe de prés le paysage politique, les alliances qui se font et d’autres qui se défont. La jeune femme ne peut réprimer le sentiment de trahison qui l’envahi, le parti pour lequel elle avait voté, l’a tout bonnement déçu. C’est alors qu’un déclic résonne en elle, elle ne se voit plus suivre de loin la situation. Lamia veut amorcer le changement, surtout en politique, et restaurer la stabilité en Tunisie. Elle choisit donc de suivre ce chemin auquel rien ou presque ne la prédestinait. En effet, alors qu’elle avait mis de côté ses aspirations politiques durant ses années à l’université, à la demande de son mari, l’amour qu’elle porte à sa patrie l’a pousse à rejoindre un parti.

"On entend généralement dire que la politique est un domaine sale mais si tout le monde réfléchissait de cette façon sans rien oser changer… alors la situation n’évoluera pas" indique-t-elle.

Pour elle, il est inconcevable que cette génération suive le chemin de ses parents qui ne se sont pas opposés à la dictature par peur des répercussions. Elle indique vouloir changer la politique de l’intérieur pour que ses enfants n’aient jamais à vivre dans la peur d’un régime autoritaire, "pour qu’il trouve un terrain avec des bases solides sur lesquelles ils peuvent édifier la société". explique-t-elle.

Elle choisit donc d’intégrer le parti "Le Courant Démocrate" qu’elle a découvert grâce à un homme qu’elle admire à savoir le fondateur, Mohammed Abbou. Grâce à sa persévérance et à sa détermination, Lamia réussit à se faire très vite une place au sein de son parti malgré les obstacles qu’elle peut rencontrer dans sa vie de couple.

"Pour mon mari, le temps que je consacre à la politique devrait plutôt être consacré à la maison, aux enfants et à lui" confie-t-elle.

Heureusement, la jeune femme, a le soutien de son père, la personne qui a fait germer en elle son intérêt pour la politique et ce dés son plus jeune âge. 

Son programme pour sa municipalité

Aujourd’hui, Lamia veut commencer des études de droit afin de consolider ses connaissances. Elle vise encore plus loin que l’élection municipale, elle se voit devenir députée à l’ARP et même leader au sein de son parti. Rien ou presque ne semble pouvoir mettre en péril son ambition et sa volonté de fer.

"Quand on aime quelque chose, on essaye de dépasser nos limites" affirme-t-elle.

Les grandes lignes de son programme, une fois élue, sont déjà prédéfinies. En effet, la jeune Sfaxienne mettra un point d’honneur à s’occuper de la propreté et l’infrastructure de sa communauté. Elle prévoit aussi de créer un espace de loisir pour les familles, chose qui est rare dans sa commune.

"À Sfax nous n‘avons aucun espace de loisir consacré aux femmes. Les hommes à la limite vont aux cafés et aux salles de jeux, mais les femmes n’ont pas où aller pour se divertir" explique-t-elle.

Lamia est convaincue que la situation des femmes n’évoluera qu’avec la participation des hommes, c’est donc pour cette raison qu’elle veut investir dans une infrastructure favorable au bien être de la famille.

La participation politique des femmes en Tunisie

La mère est, pour Lamia, le moteur de la famille, elle imprègne les futures générations par ses idées ce qui lui permet de façonner la société. Mais son rôle ne se limite pas à l’espace privé. En effet, la femme réclame et occupe l’espace public à travers sa participation à la vie politique qui a évolué depuis la révolution.

"Plus la femme est forte au sein de la société, plus la société est forte"

Mais ce mérite, selon elle, revient principalement à la société civile qui a investi dans la gent féminine dés le début en mettant à sa disposition une panoplie d’outils qui l’aidera à créer des générations de leaders féminins. D’après elle, les partis politiques ont suivi cet exemple sans toutefois l’égaler.

Malgré ces avancées assez importantes, les femmes font toujours face à des obstacles récurrents et traditionnels tels que la mentalité machiste au sein du foyer ainsi qu’au sein du parti politique qui est, dans la plus part des cas, dû à un complexe d’infériorité, auquel Lamia et plusieurs autres femmes politique ont du faire face. Mais il est important pour elle d’affronter et outrepasser ces défis. Lamia se dit, d’ailleurs, être fière d’avoir réussi à imposer sa présence et à gagner le respect et la confiance de ses collègues au sein de son parti.

Son expérience avec Aswat Nissa

En 2016, la jeune femme a entamé sa première expérience avec la société civile en participant au programme de l’Académie politique des femmes organisé par l’ONG tunisienne Aswat Nissa qui vise à appuyer et accompagner des femmes politiques qui se présenteront à la prochaine élection municipale. D’après elle, cette expérience l’a grandement aidé à évoluer et a marqué un tournant dans sa vie. Elle lui a fait prendre conscience que le combat pour les droits des femmes ne se limitait pas à la lutte contre la violence faite aux femmes et c’est ce qui lui a donné l’envie d’enrichir ces compétences et de travailler davantage.

En 2017, elle réitère l’aventure avec Aswat Nissa en intégrant son programme "Femmes, Paix et Sécurité" qui s’inscrit dans le cadre la mise en œuvre de la résolution 1325, la première résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies à porter sur les femmes et l’égalité de genre, appelant tous les États à l’inclusion des femmes dans les efforts de la prévention des conflits, la consolidation et le maintien de la paix. Ce programme a permis à la jeune femme politique de comprendre qui lui était possible de contribuer à améliorer la situation des femmes avant et après les conflits, et que le rôle de la gent féminine ne se limitait pas à celui de la victime.

Rendez-vous donc aux élections municipales de 2017 pour connaître la suite de ce parcours.

Par Sonia Ben Miled